Atta cephalotes

Amérique du Sud

Lecture rapide :

Famille : Formicidae
Sous famille : Myrmicinae
Tribu : Attini
Genre : Atta
Espèce : Atta cephalotes

Taxonomiste et année de découverte : Espèce découverte par le zoologiste suédois Carl Von Linné en 1758. À savoir qu’il s’agit de la première espèce non-européenne à avoir été décrite.

Nom vernaculaire : On la nomme “Fourmi coupeuse de feuilles”, “Fourmi (du) manioc”, “Fourmi parasol”, “Fourmi champignonniste” ou encore en anglais “Leaf cutter ant”.

Anciens noms utilisés : Atta lutea (1893), Formica fervens (1782), Formica grossa (1787), Formica migratoria (1773), Formica visitatrice (1791).

Étymologie genre : “Atta” du latin “attae” qui signifie ”marcher sur la pointe des pieds”.
Étymologie espèce : “cephalotes” du grec ancien “képhalế” qui signifie “grosse tête”.

TAILLE GYNE : 26 – 31 MM
TAILLE OUVRIÈRES : 2 – 16 MM
Exemple d’un major positionné à côté d’une ouvrière de taille moyenne. @Alexander_Wild.
TAILLE MAJORS : 18 -25 MM
TAILLE MÂLES : 18-24 MM

Morphisme : Polymorphe (continu), cette espèce possède un très grand polymorphisme avec un coefficient fois 10 entre les ouvrières les plus petites et les plus grandes au sein d’une même colonie. Il a par ailleurs été relevé que les plus petites ouvrières ne pesaient que 0,4 mg tandis que les plus grandes dépassaient aisément les 110 mg !

Confusion d’identification : Il existe de nombreuses sous-espèces autres que celle de l’Atta cephalotes cephalotes, holotypique. On recense par exemple Atta cephalotes integrior, Atta cephalotes isthmicola, Atta cephalotes oaxaquensis, Atta cephalotes opaca, Atta cephalotes polita.
D’autre part, Atta cephalotes peut être confondue avec d’autres espèces du genre Atta. Les ouvrières peuvent également être confondues avec certaines Acromyrmex. Les Acromyrmex ont 8 ou 10 épines thoraciques tandis que les Atta ont 6 épines.

Description : Atta cephalotes est une fourmi au polymorphisme très étendu. Les ouvrières sont de couleur orange/brune tandis que les gynes sont de couleur marron foncé. L’espèce se caractérise par ses très grandes mandibules triangulaires, acérées et fortement dentées, lui permettant de couper facilement d’épaisses feuilles. Elles possèdent des antennes avec 11 segments, une tête lisse et brillante non recouverte de micro-sculptures hexagonales et une valeur constante de 6 épines thoraciques. On observe aussi aussi un pétiole avec un nœud distinct et dressé sur le post-pétiole, rattaché à la surface inférieure du gastre. La tête est massive, plus large que le thorax et divisée en 2 lobes avec une scission relativement prononcée et des extrémités pointues.

Description du biotope : Elles se rencontrent en sous-bois néotropical amazonien, aussi bien dans les zones humides que sèches. À noter que cette espèce envahit également fortement les cultures, les jardins, les pampas et les milieux ruraux car elles y rasent la végétation. En raison de cela les agriculteurs détruisent les colonies. On observe également Atta cephalotes en montagne, jusqu’à 1800 mètres d’altitude. L’espèce se montre en réalité assez ubiquiste.

Nidification : Les nids se situent dans la terre, certains nids de fourmis du genre Atta peuvent atteindre des tailles gargantuesques et s’étendre sur une superficie jusqu’à 600 mètres carré et plus de 8 mètres de profondeur. Le diamètre du nid peut surpasser les 10 mètres et la quantité de terre creusée pour sa construction peut atteindre 40 tonnes.
Les nids sont en réalité polydomiques. Ils sont composés de champignonnières, des salles où les fourmis cultivent un champignon de l’espèce Leucoagaricus gongylophorus, plus régulièrement appelé “Fungus”, ainsi que de salles dont l’usage principal est de servir de dépotoirs souterrains. Il existe également de nombreuses cheminées en sortie de nid permettant de réguler la température du champignon mais également d’évacuer le Co2 qu’il produit.

Démographie : Cette espèce fait des colonies d’environ de 5 à 20 millions d’individus à taille adulte.

Particularités sociales : Au cours de leur évolution, les Atta ont perdu la capacité de synthétiser certaines enzymes et acides aminés, ce rôle est desormais assumé par le champignon (ou fungus) qu’elles cultivent. De son côté, le champignon (Leucoagaricus gongylophorus) est dépendant des fourmis pour se multiplier. Ceci permet d’établir une symbiose parfaite entre les deux espèces, toutes deux dépendantes l’une de l’autre.

Les Atta se nourrissent presque exclusivement du fungus qu’elles cultivent et plus précisément des hyphes hypertrophiés (excroissances blanches) appelées “gongylidia” (ou gongylidium au singulier) de forme ellipsoïde que le champignon produit. Elles découpent en petits morceaux divers végétaux qui servent de supports à la culture du champignon.

Il y a différentes castes au sein d’une colonie. Les ouvrières de grande taille (plus grandes ouvrières et les majors) sont chargées de collecter les végétaux. Elles découpent dans la canopée, des morceaux de feuilles et fleurs grâce à leurs mandibules. Elles les transportent ensuite le long de pistes chimiques (de phéromones) tracées au sol jusqu’au nid. Les fragments végétaux sont enfin réceptionnés par de plus petites ouvrières qui les mâchent/broient en minuscules fragments qu’elles déposent sur le champignon. Il est important de savoir que sans les différentes castes, la colonie ne peut pas fonctionner. Ce sont les plus petites ouvrières (minors) qui cultivent le champignon et alimentent les larves. Chaque caste à un travail défini et il sera difficile pour une caste d’effectuer celui d’une autre.

Dans la nature, le champignon produit des déchets, les ouvrières les transportent jusqu’à des dépotoirs intra-nidaux. Le genre Atta peuvent striduler pour la communication pour communiquer diverses informations comme quand elles découpent des feuilles pour alerter les congénères et les inviter à les rejoindre afin de découper les végétaux. La stridulation est un outil de communication à courte distance qui vient s’ajouter à la communication par phéromone.
Quand les Atta prélèvent une importante quantité de feuilles dans la canopée, elles permettent à la lumière d’atteindre le sol plus facilement, le développement des plantes du sous-bois est ainsi favorisé. Leur rôle est donc nécessaire dans le cycle de vie d’une parcelle de forêt néotropicale. Une étude en 2019 au Costa-Rica a montré que le genre Atta était responsable de la découpe de 15% du feuillages des forêts du pays ce qui en faisait l’un des maillons les plus importants de l’écosystème neotropical.

Il est important de souligner que ce genre est dépourvu de focettes thermosensibles, il n’est donc pas rares de voir des ouvrières mourir brûlées pendant la découpe au cours des feux de forêt.


Alimentation : Dans la nature cette espèce découpe des végétaux pour les ramener au nid mais peut également manger des insectes. Cette espèce ne se nourrit pas à proprement parlé de végétaux, elle découpe, mâche et broie des végétaux pour nourrir le champignon qui produira des hyphes hypertrophiés (excroissances blanches) appelées “gongylidia” de forme ellipsoïde, d’un diamètre de 30 à 50 µm et servant de nourriture à toute la colonie (larves, reines, ouvrières, etc.) Ces excroissances contiennent tout les aliments dont à besoin la colonie qui s’avère être dépendante de ce champignon. Il arrive occasionnellement que des graines, des nectars extra-floraux ou des insectes, soient consommés.

Période d’essaimage : Les essaimages sont massifs et se font pendant le début des saisons des pluies. En Guyane française ils ont lieu de novembre à janvier. On notera que ces derniers ne se réalisent pas en même temps que ceux d’Atta sexdens qui ont lieu de janvier à mars.

Gynie : Cette espèce est strictement monogyne, cependant des cas de pleometroses ont été rapporté.

Fondation : Après l’essaimage, la gyne creuse une loge où elle y dépose les spores de fungus qu’elle aura préalablement récoltée sur le champignon de sa colonie mère. La gyne élève seule sa première génération d’ouvrières. Elle fait croître son petit morceau de champignon à l’aide de ses excréments mais il arrive occasionnellement que cette dernière sorte pour chercher quelques morceaux de végétaux. De sorte que la limite entre claustrale et semi-claustrale, en milieu naturel, est assez floue ce qui permet à certains de la nommer “para-claustrale” bien que ce terme ne soit pas toujours accepté au sein de la communauté.

Cycle de développement : Exogène homodynamique, le cycle de vie de la fourmi n’inclut pas de pause et le développement est étroitement lié à la température ambiante.

Atta cephalotes se retrouve abondamment dans toute la zone néotropicale comprise entre le tropique du cancer et le tropique du capricorne. On la retrouve donc dans les forêts semi-humides du Mexique, jusqu’aux forêts tropicales de Bolivie. Les plus grandes populations s’observent en Amérique Centrale et en Equateur. On l’observe également dans les Antilles où elle est considérée comme un nuisible.

Température de maintiens :

  • 24 à 29°C dans l’ADC
  • 22 à 26°C dans le nid (faire un point chaud et un point froid afin de créer un gradient thermique, est fortement conseillé)

Hygrométrie : La colonie devra être placée dans une atmosphère hydrométrique comprise entre 70 et 85%, attention cependant à ce que la base du champignon ne soit pas en contact d’eau liquide pour ne pas l’abîmer.

Set up : L’espèce ne s’adapte pas du tout aux installations conventionnelles comme les nids en plexiglas/béton cellulaire/autres composites. En effet, il faut reproduire les conditions naturelles autant que possible, ainsi il faudra placer le champignon dans une cuve et lui offrir de préférence un substrat humide mais non-détrempé pour que le champignon ne fonde pas au contact de l’eau (ex: bille d’argile, humus, sable-limon, perlite, etc.)

(Astuce : je place le champignon sur une plateforme en plastique ou en verre comme une coupelle elle même posée sur le substrat, ainsi aucun risque de sur-humidité de contact). De plus, il faudra ajouter une cuve afin qu’elles puissent y déposer les déchets produits par le champignon ou la colonie. Dans la nature, cette chambre sert de chauffage supplémentaire pour le champignon grâce à la décomposition des déchets qui produit de la chaleur.

En élevage, cette chambre pourra être placée à l’arrière de la cuve du champignon, ainsi elles ne déposeront pas leurs déchets au pied de celui-ci ce qui causerait de gros problèmes à l’avenir pour l’entretien ainsi que des risques de problèmes de santé pour le champignon. Les tuyaux de raccords quant à eux devront être d’un volume conséquent (et transparents, c’est toujours vachement mieux pour l’observation :3), ici de 30mm de diamètre afin de permettre un passage aisé des ouvrières lorsqu’elles transporteront leur feuilles.

Si le champignon est petit, il est très important de rajouter une cloche par-dessus (une demi-bouteille, boîte de grillons, ect) pour confiner et garder une humidité stable. Plus la salle est confinée, plus il y aura de Co2, ce qui sera propice au développement du fungus.

Un système avec plusieurs cuves de champignon est vivement conseillé. En cas de problème, il restera toujours du champignon. Il faudra s’assurer qu’il y ait une bonne circulation de l’air cela est très important pour le champignon, il respire, et il faudra le mettre à l’obscurité, dans le calme (pas de vibrations, courants d’airs, ect) et surtout éviter l’accumulation de gouttes d’eau contre les paroi. Pour les grilles d’aérations des inserts en maille d’acier inoxydable sont conseillés.

Alimentation : Il est important de mettre un abreuvoir d’eau et en complément du liquide sucré. Des insectes peuvent être toutefois donnés mais pas ils ne sont pas obligatoires. Il est également important de ne pas donner des feuilles qui contiennent des tanins, des alcaloïdes ou des insecticides cela tuerait le champignon ! Laver vos feuillages à l’eau minérale pourrait être une précotions supplémentaire pour protéger votre colonie.

Foreuse ? : Oui, il faudra surveiller attentivement l’installation afin d’éviter les évasions, elles découpent facilement du grillages en inox ou en aluminium si elles manquent de place. Elles peuvent également grignoter le plastique, le plexiglas, l’acrylique et forer le plâtre.

Diapause : Aucune diapause ne sera requise, la gyne suivra seule ses cycles de ponte et d’arrêt de ponte. Une mise au froid serait d’ailleurs nocive pour le fungus.

Fondation : Indépendante et claustrale. Les gynes n’ont donc théoriquement pas besoin de nourriture pour fonder cependant il est possible et même préférable de leur fournir des roses (ou autres fleurs) ainsi que du liquide sucré pour assurer un meilleur taux de réussite. La fondation est rapide et le développement du champignon est exponentiel, cela ne la rend cependant pas moins délicate.

Détail à ajouter : En période de grosse chaleur il sera important d’empecher la montée de température pour ne pas abîmer le champignon. Pour cela vous pourriez utiliser un textile humide posé sur un ventilateur, ou tout simplement un climatiseur.
En cas de mauvaises conditions de maintien ou autres facteurs encore inconnu un champignon parasite du fungus nommé Escovopsis peut faire son apparation. Ce dernier va ravager le fungus de la colonie, il faudra donc au plus vite isoler la partie infectée et isoler la partie encore sauve afin de sauver la colonie. Nous vous déconseillons de garder le couvain stocké sur la zone infectée car il pourrait être porteur de germe.
Les ouvrières sont parfois recouvertes d’une pellicule blanche farineuse sur la cuticule, il s’agit de la bactérie Pseudonocardia qu’elles utilisent pour lutter contre les champignons invasifs, qui attaquent leurs fungus.

Un champignon parasite du fungus nommé Escovopsis.

Difficultés d’élevage : Une espèce légendaire et sujette à la convoitise qui restera cependant très difficile et très fragile. Le champignon sera le maillon le plus sensible dans la colonie, on peut perdre plusieurs litres de fungus voire même la totalité du champignon en 24 heures si les conditions sont instables ou si vos végétaux contiennent des pesticides. Elles requièrent un nourrissage quotidien ainsi qu’un investissement conséquent. De plus il faudra un assez grand budget pour assumer l’installation au fil du temps. Il ne faudra pas négliger la période hivernale qui en Europe rend plus difficile l’accès aux végétaux. Enfin, nous déconseillons cette espèce aux enfants car les majors sont très agiles et leurs mandibules peuvent aisément couper la peau et la chaire humaine.
L’espèce se montre en réalité réservée à une tranche d’éleveur “chevronnés” pour ceux qui prétendraient la garder sur le long terme.
Les fourmis du genre Acromyrmex pourraient se montrer comme des fourmis plus accessibles comme coupeuses de feuilles pour un élevage de taille “raisonnable”. Trachymyrmex, Cyphomyrmex et Apterostigma pourraient également être de bonnes alternatives de substitution bien qu’elles ne soient pas des coupeuses de feuilles à proprement parlé mais plutôt des coupeuses de matière en décomposition.

-antweb
-antwiki
-antmaps
-Pixabay : Lin2015 / Rosinakaiser
-Wikimedia commons
-Alexander Wild
-Andreas Kay
-Wikipédia
-Leafcuttingants
-Antkalytta
-https://www.alexanderwild.com
-Antstore
-ResearchGateConceptual diagram of CO2 exchange and transport pathways in Atta… | Download Scientific Diagram
ResearchGateInternal architecture of an A. bisphaerica’s nest. Photo: Luiz C. Forti | Download Scientific Diagram

Ants natural, Fab Ien, Jérôme Philippart, Saber, Uraniium (blog).

1) CLASSIFICATION ET SIGNIFICATION :

Famille : Formicidae
Sous famille : Myrmicinae
Tribu : Attini
Genre : Atta
Espèce : Atta cephalotes

Taxonomiste et année de découverte : Espèce découverte par le zoologiste suédois Carl Von Linné en 1758. À savoir qu’il s’agit de la première espèce non-européenne à avoir été décrite.

Nom vernaculaire : On la nomme “Fourmi coupeuse de feuilles”, “Fourmi (du) manioc”, “Fourmi parasol”, “Fourmi champignonniste” ou encore en anglais “Leaf cutter ant”.

Anciens noms utilisés : Atta lutea (1893), Formica fervens (1782), Formica grossa (1787), Formica migratoria (1773), Formica visitatrice (1791).

Étymologie genre : “Atta” du latin “attae” qui signifie ”marcher sur la pointe des pieds”.
Étymologie espèce : “cephalotes” du grec ancien “képhalế” qui signifie “grosse tête”.

2) MORPHOLOGIE ET IDENTIFICATION :

TAILLE GYNE : 26 – 31 MM
TAILLE OUVRIÈRES : 2 – 16 MM
Exemple d’un major positionné à côté d’une ouvrière de taille moyenne. @Alexander_Wild.
TAILLE MAJORS : 18 -25 MM
TAILLE MÂLES : 18-24 MM

Morphisme : Polymorphe (continu), cette espèce possède un très grand polymorphisme avec un coefficient fois 10 entre les ouvrières les plus petites et les plus grandes au sein d’une même colonie. Il a par ailleurs été relevé que les plus petites ouvrières ne pesaient que 0,4 mg tandis que les plus grandes dépassaient aisément les 110 mg !

Confusion d’identification : Il existe de nombreuses sous-espèces autres que celle de l’Atta cephalotes cephalotes, holotypique. On recense par exemple Atta cephalotes integrior, Atta cephalotes isthmicola, Atta cephalotes oaxaquensis, Atta cephalotes opaca, Atta cephalotes polita.
D’autre part, Atta cephalotes peut être confondue avec d’autres espèces du genre Atta. Les ouvrières peuvent également être confondues avec certaines Acromyrmex. Les Acromyrmex ont 8 ou 10 épines thoraciques tandis que les Atta ont 6 épines.

Description : Atta cephalotes est une fourmi au polymorphisme très étendu. Les ouvrières sont de couleur orange/brune tandis que les gynes sont de couleur marron foncé. L’espèce se caractérise par ses très grandes mandibules triangulaires, acérées et fortement dentées, lui permettant de couper facilement d’épaisses feuilles. Elles possèdent des antennes avec 11 segments, une tête lisse et brillante non recouverte de micro-sculptures hexagonales et une valeur constante de 6 épines thoraciques. On observe aussi aussi un pétiole avec un nœud distinct et dressé sur le post-pétiole, rattaché à la surface inférieure du gastre. La tête est massive, plus large que le thorax et divisée en 2 lobes avec une scission relativement prononcée et des extrémités pointues.

 

3) BIOLOGIE :

Description du biotope : Elles se rencontrent en sous-bois néotropical amazonien, aussi bien dans les zones humides que sèches. À noter que cette espèce envahit également fortement les cultures, les jardins, les pampas et les milieux ruraux car elles y rasent la végétation. En raison de cela les agriculteurs détruisent les colonies. On observe également Atta cephalotes en montagne, jusqu’à 1800 mètres d’altitude. L’espèce se montre en réalité assez ubiquiste.

Nidification : Les nids se situent dans la terre, certains nids de fourmis du genre Atta peuvent atteindre des tailles gargantuesques et s’étendre sur une superficie jusqu’à 600 mètres carré et plus de 8 mètres de profondeur. Le diamètre du nid peut surpasser les 10 mètres et la quantité de terre creusée pour sa construction peut atteindre 40 tonnes.
Les nids sont en réalité polydomiques. Ils sont composés de champignonnières, des salles où les fourmis cultivent un champignon de l’espèce Leucoagaricus gongylophorus, plus régulièrement appelé “Fungus”, ainsi que de salles dont l’usage principal est de servir de dépotoirs souterrains. Il existe également de nombreuses cheminées en sortie de nid permettant de réguler la température du champignon mais également d’évacuer le Co2 qu’il produit.

Démographie : Cette espèce fait des colonies d’environ de 5 à 20 millions d’individus à taille adulte.

Particularités sociales : Au cours de leur évolution, les Atta ont perdu la capacité de synthétiser certaines enzymes et acides aminés, ce rôle est desormais assumé par le champignon (ou fungus) qu’elles cultivent. De son côté, le champignon (Leucoagaricus gongylophorus) est dépendant des fourmis pour se multiplier. Ceci permet d’établir une symbiose parfaite entre les deux espèces, toutes deux dépendantes l’une de l’autre.

Les Atta se nourrissent presque exclusivement du fungus qu’elles cultivent et plus précisément des hyphes hypertrophiés (excroissances blanches) appelées “gongylidia” (ou gongylidium au singulier) de forme ellipsoïde que le champignon produit. Elles découpent en petits morceaux divers végétaux qui servent de supports à la culture du champignon.

Il y a différentes castes au sein d’une colonie. Les ouvrières de grande taille (plus grandes ouvrières et les majors) sont chargées de collecter les végétaux. Elles découpent dans la canopée, des morceaux de feuilles et fleurs grâce à leurs mandibules. Elles les transportent ensuite le long de pistes chimiques (de phéromones) tracées au sol jusqu’au nid. Les fragments végétaux sont enfin réceptionnés par de plus petites ouvrières qui les mâchent/broient en minuscules fragments qu’elles déposent sur le champignon. Il est important de savoir que sans les différentes castes, la colonie ne peut pas fonctionner. Ce sont les plus petites ouvrières (minors) qui cultivent le champignon et alimentent les larves. Chaque caste à un travail défini et il sera difficile pour une caste d’effectuer celui d’une autre.

Dans la nature, le champignon produit des déchets, les ouvrières les transportent jusqu’à des dépotoirs intra-nidaux. Le genre Atta peuvent striduler pour la communication pour communiquer diverses informations comme quand elles découpent des feuilles pour alerter les congénères et les inviter à les rejoindre afin de découper les végétaux. La stridulation est un outil de communication à courte distance qui vient s’ajouter à la communication par phéromone.
Quand les Atta prélèvent une importante quantité de feuilles dans la canopée, elles permettent à la lumière d’atteindre le sol plus facilement, le développement des plantes du sous-bois est ainsi favorisé. Leur rôle est donc nécessaire dans le cycle de vie d’une parcelle de forêt néotropicale. Une étude en 2019 au Costa-Rica a montré que le genre Atta était responsable de la découpe de 15% du feuillages des forêts du pays ce qui en faisait l’un des maillons les plus importants de l’écosystème neotropical.

Il est important de souligner que ce genre est dépourvu de focettes thermosensibles, il n’est donc pas rares de voir des ouvrières mourir brûlées pendant la découpe au cours des feux de forêt.


Alimentation : Dans la nature cette espèce découpe des végétaux pour les ramener au nid mais peut également manger des insectes. Cette espèce ne se nourrit pas à proprement parlé de végétaux, elle découpe, mâche et broie des végétaux pour nourrir le champignon qui produira des hyphes hypertrophiés (excroissances blanches) appelées “gongylidia” de forme ellipsoïde, d’un diamètre de 30 à 50 µm et servant de nourriture à toute la colonie (larves, reines, ouvrières, etc.) Ces excroissances contiennent tout les aliments dont à besoin la colonie qui s’avère être dépendante de ce champignon. Il arrive occasionnellement que des graines, des nectars extra-floraux ou des insectes, soient consommés.

Période d’essaimage : Les essaimages sont massifs et se font pendant le début des saisons des pluies. En Guyane française ils ont lieu de novembre à janvier. On notera que ces derniers ne se réalisent pas en même temps que ceux d’Atta sexdens qui ont lieu de janvier à mars.

Gynie : Cette espèce est strictement monogyne, cependant des cas de pleometroses ont été rapporté.

Fondation : Après l’essaimage, la gyne creuse une loge où elle y dépose les spores de fungus qu’elle aura préalablement récoltée sur le champignon de sa colonie mère. La gyne élève seule sa première génération d’ouvrières. Elle fait croître son petit morceau de champignon à l’aide de ses excréments mais il arrive occasionnellement que cette dernière sorte pour chercher quelques morceaux de végétaux. De sorte que la limite entre claustrale et semi-claustrale, en milieu naturel, est assez floue ce qui permet à certains de la nommer “para-claustrale” bien que ce terme ne soit pas toujours accepté au sein de la communauté.

Cycle de développement : Exogène homodynamique, le cycle de vie de la fourmi n’inclut pas de pause et le développement est étroitement lié à la température ambiante.

4) RÉPARTITION :

Atta cephalotes se retrouve abondamment dans toute la zone néotropicale comprise entre le tropique du cancer et le tropique du capricorne. On la retrouve donc dans les forêts semi-humides du Mexique, jusqu’aux forêts tropicales de Bolivie. Les plus grandes populations s’observent en Amérique Centrale et en Equateur. On l’observe également dans les Antilles où elle est considérée comme un nuisible.

5) ÉLEVAGE :

Température de maintiens :

  • 24 à 29°C dans l’ADC
  • 22 à 26°C dans le nid (faire un point chaud et un point froid afin de créer un gradient thermique, est fortement conseillé)

Hygrométrie : La colonie devra être placée dans une atmosphère hydrométrique comprise entre 70 et 85%, attention cependant à ce que la base du champignon ne soit pas en contact d’eau liquide pour ne pas l’abîmer.

Set up : L’espèce ne s’adapte pas du tout aux installations conventionnelles comme les nids en plexiglas/béton cellulaire/autres composites. En effet, il faut reproduire les conditions naturelles autant que possible, ainsi il faudra placer le champignon dans une cuve et lui offrir de préférence un substrat humide mais non-détrempé pour que le champignon ne fonde pas au contact de l’eau (ex: bille d’argile, humus, sable-limon, perlite, etc.)

(Astuce : je place le champignon sur une plateforme en plastique ou en verre comme une coupelle elle même posée sur le substrat, ainsi aucun risque de sur-humidité de contact). De plus, il faudra ajouter une cuve afin qu’elles puissent y déposer les déchets produits par le champignon ou la colonie. Dans la nature, cette chambre sert de chauffage supplémentaire pour le champignon grâce à la décomposition des déchets qui produit de la chaleur.

En élevage, cette chambre pourra être placée à l’arrière de la cuve du champignon, ainsi elles ne déposeront pas leurs déchets au pied de celui-ci ce qui causerait de gros problèmes à l’avenir pour l’entretien ainsi que des risques de problèmes de santé pour le champignon. Les tuyaux de raccords quant à eux devront être d’un volume conséquent (et transparents, c’est toujours vachement mieux pour l’observation :3), ici de 30mm de diamètre afin de permettre un passage aisé des ouvrières lorsqu’elles transporteront leur feuilles.

Si le champignon est petit, il est très important de rajouter une cloche par-dessus (une demi-bouteille, boîte de grillons, ect) pour confiner et garder une humidité stable. Plus la salle est confinée, plus il y aura de Co2, ce qui sera propice au développement du fungus.

Un système avec plusieurs cuves de champignon est vivement conseillé. En cas de problème, il restera toujours du champignon. Il faudra s’assurer qu’il y ait une bonne circulation de l’air cela est très important pour le champignon, il respire, et il faudra le mettre à l’obscurité, dans le calme (pas de vibrations, courants d’airs, ect) et surtout éviter l’accumulation de gouttes d’eau contre les paroi. Pour les grilles d’aérations des inserts en maille d’acier inoxydable sont conseillés.

Alimentation : Il est important de mettre un abreuvoir d’eau et en complément du liquide sucré. Des insectes peuvent être toutefois donnés mais pas ils ne sont pas obligatoires. Il est également important de ne pas donner des feuilles qui contiennent des tanins, des alcaloïdes ou des insecticides cela tuerait le champignon ! Laver vos feuillages à l’eau minérale pourrait être une précotions supplémentaire pour protéger votre colonie.

Foreuse ? : Oui, il faudra surveiller attentivement l’installation afin d’éviter les évasions, elles découpent facilement du grillages en inox ou en aluminium si elles manquent de place. Elles peuvent également grignoter le plastique, le plexiglas, l’acrylique et forer le plâtre.

Diapause : Aucune diapause ne sera requise, la gyne suivra seule ses cycles de ponte et d’arrêt de ponte. Une mise au froid serait d’ailleurs nocive pour le fungus.

Fondation : Indépendante et claustrale. Les gynes n’ont donc théoriquement pas besoin de nourriture pour fonder cependant il est possible et même préférable de leur fournir des roses (ou autres fleurs) ainsi que du liquide sucré pour assurer un meilleur taux de réussite. La fondation est rapide et le développement du champignon est exponentiel, cela ne la rend cependant pas moins délicate.

Détail à ajouter : En période de grosse chaleur il sera important d’empecher la montée de température pour ne pas abîmer le champignon. Pour cela vous pourriez utiliser un textile humide posé sur un ventilateur, ou tout simplement un climatiseur.
En cas de mauvaises conditions de maintien ou autres facteurs encore inconnu un champignon parasite du fungus nommé Escovopsis peut faire son apparation. Ce dernier va ravager le fungus de la colonie, il faudra donc au plus vite isoler la partie infectée et isoler la partie encore sauve afin de sauver la colonie. Nous vous déconseillons de garder le couvain stocké sur la zone infectée car il pourrait être porteur de germe.
Les ouvrières sont parfois recouvertes d’une pellicule blanche farineuse sur la cuticule, il s’agit de la bactérie Pseudonocardia qu’elles utilisent pour lutter contre les champignons invasifs, qui attaquent leurs fungus.

Un champignon parasite du fungus nommé Escovopsis.

Difficultés d’élevage : Une espèce légendaire et sujette à la convoitise qui restera cependant très difficile et très fragile. Le champignon sera le maillon le plus sensible dans la colonie, on peut perdre plusieurs litres de fungus voire même la totalité du champignon en 24 heures si les conditions sont instables ou si vos végétaux contiennent des pesticides. Elles requièrent un nourrissage quotidien ainsi qu’un investissement conséquent. De plus il faudra un assez grand budget pour assumer l’installation au fil du temps. Il ne faudra pas négliger la période hivernale qui en Europe rend plus difficile l’accès aux végétaux. Enfin, nous déconseillons cette espèce aux enfants car les majors sont très agiles et leurs mandibules peuvent aisément couper la peau et la chaire humaine.
L’espèce se montre en réalité réservée à une tranche d’éleveur “chevronnés” pour ceux qui prétendraient la garder sur le long terme.
Les fourmis du genre Acromyrmex pourraient se montrer comme des fourmis plus accessibles comme coupeuses de feuilles pour un élevage de taille “raisonnable”. Trachymyrmex, Cyphomyrmex et Apterostigma pourraient également être de bonnes alternatives de substitution bien qu’elles ne soient pas des coupeuses de feuilles à proprement parlé mais plutôt des coupeuses de matière en décomposition.

Sources :
-antweb
-antwiki
-antmaps
-Pixabay : Lin2015 / Rosinakaiser
-Wikimedia commons
-Alexander Wild
-Andreas Kay
-Wikipédia
-Leafcuttingants
-Antkalytta
-https://www.alexanderwild.com
-Antstore
-ResearchGateConceptual diagram of CO2 exchange and transport pathways in Atta… | Download Scientific Diagram
ResearchGateInternal architecture of an A. bisphaerica’s nest. Photo: Luiz C. Forti | Download Scientific Diagram

Ants natural, Fab Ien, Jérôme Philippart, Saber

 

Fiche rédigée par Saber

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