Mystrium oberthueri

Afrique

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SOUS FAMILLE : Amblyoponinae

FAMILLE : Formicidae

TRIBU : Amblyoponini

GENRE : Mystrium

ESPÈCE : Mystrium oberthueri

 

TAXONOMISTE ET ANNÉE DE DESCRIPTION : Auguste Forel en 1897

NOMS VERNACULAIRES : Snap-Jaws ants ou Fourmis Dracula ou Fourmis vampires

SYNONYMES ET ANCIENS NOMS UTILISÉS : aucun connu.

 

ÉTYMOLOGIE GENRE : “Mystrium” vient du latin “Mysterium” qui signifie “mystérieux” car cette espèce ne sort pas beaucoup de son nid.

ÉTYMOLOGIE ESPÈCE : Nom en hommage à Charles Oberthür, entomologiste français né en 1815 à Rennes et mort en 1924.

Taille ouvrière :  9 à 12 mm 

 

Taille gyne ergatoïde :   7 à 9 mm

Taille mâle :  5 à 7 mm  
  

 

MORPHISME : Cette espèce est Polymorphe, la différence de taille n’est finalement pas très importante entre les ouvrières. Cependant on observe une grande différence dans la largeur des têtes. Les ouvrières avec les têtes les plus larges ne sont pas appelées majors à proprement parler bien qu’elles puissent paraître 2 fois plus imposantes que les plus petites ouvrières. Selon les observations sur les rares colonies en captivité, ce sont ces ouvrières imposantes qui participent le plus activement aux chasses, et ce sont les individus les plus sujets au « snapping cassant ». 

FAISANT PARTIE D’UN GROUPE D’ESPÈCE CRYPTIQUE : Non, bien qu’il soit souvent compliqué de différencier Mystrium oberthueri de certaines Mystrium comme M. shadow et M. rogeri à partir d’un mâle ou d’une ouvrière.

DESCRIPTION :  Mystrium oberthueri possède des mandibules démesurées pouvant compter pour 1 tiers de la taille de la fourmi. Ces mandibules en forme de spatule lui permettent de s’accrocher aux iules qu’elles chassent tout en les piquant.

Elles possèdent un gastre élancé et pointu, un thorax imposant et une tête dépassant d’au moins 1 tiers droit et 1 tiers gauche, la largeur du thorax.

Cette espèce possède une exocuticule très solide contenant beaucoup de sclérotine pour ne pas être écrasée par les énormes iules qu’elle consomme et se protéger des prédateurs.
Les ouvrières possèdent un aiguillon et du venin (qui n’est pas dangereux pour l’homme). Ce venin leur permet d’immobiliser leurs proies (et non pas de les tuer)
Mystrium oberthueri ne possède pas de jabot social, il n’existe donc pas de trophallaxie chez le genre.

Les individus avec les plus grandes mandibules (en 2 parties) sont les ouvrières. Les individus avec les plus petites mandibules (forme triangulaire) sont les gynes ergatoïdes.

Les yeux de Mystrium sont composés de très peu de cellules omatidiennes. Il est donc très difficile pour elles de distinguer des formes ou des couleurs ; leur seule capacité est de détecter des nuances de lumière.

PARTICULARITÉS PHYSIQUES : Les Mystrium oberthueri possèdent de très grandes mandibules, elles sont capables de les croiser et de les relâcher très rapidement pour emmagasiner de l’énergie et frapper ou assommer leurs ennemis. Ce mouvement est le plus rapide du monde animal, avec une vitesse maximale de 322 km/heure, le second étant le claquement des Odontomachus. On appelle ce claquement « snapping », parfois le snapping peut causer la fracture irréversible des mandibules, on appelle ce type de claquement « snapping cassant ».

DESCRIPTION DU BIOTOPE :Dans la nature Mystrium oberthueri vit dans des forêts tropicales saturées d’humidité. Les nids sont souvent très profonds, les premières salles étant observées vers 50 cm de profondeurs. On peut également les retrouver dans des troncs d’arbres pourris ou sous de gros rochers.

NIDIFICATION : Les colonies sont monodomiques. Les entrées du nid sont quasi indétectables. Ils sont assez rudimentaires, et les déménagements sont fréquents.

                                  

>extraction d’un nid de Mystrium silvestrii dans un but de recherche par l’équipe scientifique de Brian Lee Fisher à Madagascar.

DÉMOGRAPHIE : Cette espèce forme de petite colonie allant de 50 à 160 individus à l’âge adulte.

PARTICULARITÉS COMPORTEMENTALES : Mystrium oberthueri est comme toutes les espèces de sa sous famille quasi endogée, elles ne sortent que quelques minutes la nuit pour chasser. En journée il est presque impossible d’observer une ouvrière à la surface.

Les ouvrières possèdent un aiguillon et du venin (qui n’est pas dangereux pour l’homme). Ce venin leurs permet d’immobiliser leurs proies (et non pas de les tuer) pour que les larves mangent de la “viande fraîche”. Les larves sont d’ailleurs capables de se déplacer et de manger seules.

 Il est possible d’observer une petite physogastrie de couleur rouges sur les ouvrières (à la manière de la physogastrie de Pachycondyla crassinoda et impressa). Il s’agit en fait de l’hémolymphe de leurs larves.

 Les ouvrières ne sont pas capable de digérer leur nourriture contrairement aux larves, les imagos sont donc obligés d’amputer leurs larves pour boire l’hémolymphe de celles-ci. C’est pour cela que les fourmis du genre Mystrium sont aussi appelées “Fourmi Dracula” ou “Fourmi Vampire”. Cette blessure n’a pas de conséquence à l’âge adulte car les larves cicatrisent très vite. On note que les larves donnant des sexués ne sont pas scarifiées.
Cette espèce ne possède pas de jabot social, on n’observe donc pas de trophallaxie.

Les Mystrium sont de très mauvaises grimpeuses, on ne les observe jamais à plus de 10 cm de hauteur par rapport à la surface du sol. Lorsqu’elles sont dérangées, elles restent immobiles. Dans un cas général, les espèces du genre Mystrium font partie des rares fourmis à mourir les pattes écartées et non pas en boule. 

Système de reproduction : Le système reproductif de Mystrium oberthueri est assez particulier. 

En effet, certaines colonies possèdent des gynes et d’autre des gynes ergatoïdes voire des gynes ergatoïdes « supérieures » appelées gamergates. 

Cette espèce possède des gynes, cependant il est presque impossible de les observer. On estime que 4/5% des colonies possèdent ou ont déjà possédées une reine. La durée de vie des gynes est très courte (2 ou 3 ans), à leurs morts, elles sont remplacées par des gynes ergatoïdes polygyne et pré-fécondée. Ces gynes ergatoïdes ont un indice de fécondité généralement très bas car leurs spermatèques ne possèdent généralement que très peu de spermatozoïdes.

 Pour augmenter ce taux de fécondité, elles peuvent se faire féconder par des males qu’elles appellent avec un organe glandulaire appelé « gemme », situé au niveau du thorax. Après cette fécondation, elles deviennent des gamergates. On estime de 2/3% des gynes ergatoïdes (ou nourrices) sont des gamergates. 

Les colonies se forment par bouturage. Il n’est pas rare qu’un groupe de 2 ou 3 gamergates/gynes ergatoïdes, de quelques ouvrières et de couvain s’éloigne pour former une nouvelle colonie. 

Cette espèce est l’une des seules au monde à posséder des gynes ergatoïde/gamergate plus petites que les ouvrières. Il n’y a qu’une gyne par colonie et un nombre indéfini de gamergate/gyne ergatoïde cependant un système complexe de phéromone pousseraient les colonies à se diviser quand elles posséderaient trop de reproductrice.

Une reine gyne comme une gyne ergatoïde peut pondre d’autres gyne ergatoïde ou des sexués mâles et femelles et des ouvrières. Cependant la fécondité des générations de gyne ergatoïde baisse gravement avec le temps jusqu’à donner des individus stériles. 

Contrairement aux Ponerinae, les ouvrières ne sont pas capables de pondre des œufs haploïdes donnant des mâles. Les gynes ergatoïdes jouent également le rôle de nourrices car les ouvrières ne s’occupent pas du couvain. On estime que les gynes ergatoïdes représentent 5 à 50 % des individus d’une colonie. 

Le couvain commence par le stade d’œuf, puis de larve et enfin de cocon. Le développement du couvain dure environ 6 à 10 semaines. Fait intéressant, Mystrium est l’une des rares ponéromorphes à tisser des cocons jaunes avec une point marron foncé au sommet. 

ALIMENTATION :Dans la nature, 90% de leur alimentation est composée d’iules, scolopendres et autres myriapodes qu’elles paralysent pour nourrir les larves et ensuite boire l’hémolymphe de ces dernières. Certaines espèces de termites, de larves diverses, de forficules ou de vers sont également consommées plus occasionnellement. 

ESSAIMAGE : Les essaimages sont très rares, plutôt discrets. Les gynes étant ergatoïdes, seuls les mâles volent. Aucune période de reproduction n’a encore été fixée mais on pense qu’ils ont lieu toute l’année avec un pic au début de la saison des pluies. 

GYNIE : Comme expliqué en détail précédemment, cette espèce est contradictoirement monogyne à forte tendance polygyne.

FONDATION: Dépendante par bouturage (une colonie mère se divise pour former plusieurs colonies filles) ou semi-claustrale (la/les reproducteur(s) sorte(nt) régulièrement de la loge pour se nourrir et nourrir le couvain).

CYCLE DE DÉVELOPPEMENT(exogène, endogène…): Exogène homodynamique.

A NOTER : On observe parfois une pellicule blanche ou grisâtre sur la cuticule des Mystrium. Il s’agirait en fait d’une molécule d’origine bactériologique qu’utiliseraient les Mystrium pour protéger et nettoyer leur tégument.  

Mystrium oberthueri est une fourmi très discrète présente à Madagascar et aux Comores. À Madagascar on l’observe principalement sur la pointe nord et dans les forêts équatoriales de la côte Est. Pour l’archipel des Comores, elle ne serait présente que sur l’île de Fombini (peu de recherches ont été réalisées dans cet archipel, la répartition de l’espèce risque donc d’énormément changer dans les prochaines années). 

TEMPÉRATURE DE MAINTIEN :  21 à 27°C

INSTALLATION : En élevage, 3 possibilités s’offrent à vous. 

La première est la plus dangereuse, le nid en BC avec une couche de substrat dans les galeries. C’est une bonne installation mais les acariens peuvent vite proliférer et l’hygrométrie risque de mal se répartir.

La seconde, le pétri-dish qui est la meilleure des 3 options. Tout d’abord il faut préparer un substrat (1 tiers argile, 1/3 tourbe de coco et 1/3 litière de forêt). On prend une boîte de pétri que l’on perce sur la tranche. On la remplit ensuite de moitié de substrat (le substrat est obligatoire car il permet aux larves de tisser leur cocon). On prend ensuite une boîte avec couvercle qui servira d’ADC. Dans cette boîte on ajoute 1,5cm de substrat bien tassé puis le décor (bois pourri, mousse, sphaigne…) et de la microfaune comme des collemboles, cloportes…  On dépose ensuite la boîte de pétri qui servira de nid. Il est conseillé de couvrir avec de l’aluminium la boîte de pétri pour protéger la colonie de la lumière.

Mystrium oberthueri peut également vivre en terrarium creusable cependant vous risquez de rapidement les perdre de vue du fait de leur activité très limitée. Les Mystrium ne grimpent pas aux surfaces lisses, mais un couvercle est tout de même fortement conseillé pour garder une forte hygrométrie.

HYGROMÉTRIE :Entre 85 % et +100 %.

DIAPAUSE : Pas de diapause.

ALIMENTATION EN ÉLEVAGE : On nourrira les Mystrium oberthueri avec divers types de vers (farine, morio, canadien), des forficules sauvages, des asticots ou encore des iules. Il est parfois nécessaire d’adapter les colonies à consommer ce type de proie en nourrissant soit même les larves ou en alternant iule et vers. Inutile de donner des liquides sucrés, elles ne peuvent pas les consommer. 

FOREUSE ? : Non, Mystrium oberthueri n’est pas foreuse.

FONDATION :La fondation est semi-claustrale, on nourrira une ou deux fois par semaine les individus reproducteurs préalablement placés dans un set-up adéquat sans les observer pour ne pas les stresser.

DIFFICULTÉ D’ÉLEVAGE :Cette espèce est plutôt difficile à garder sur le long terme en raison de son système de reproduction complexe et de l’espérance de vie courte de ses reproducteurs qui rend obligatoire la possession de plusieurs colonies si l’éleveur prétend à les maintenir plus de 2 ou 3 ans. L’autre difficulté réside en la présence obligatoire des larves en grande quantité pour assurer la sécurité alimentaire de la colonie.

D’après des expériences en laboratoire, il semblerait que les Mystrium acceptent à court terme de consommer l’hémolymphe de larves de Myopone sp., mais pas d’Amblyopone sp., de Fulakora sp. ou de Stigmatomma sp.. Enfin, il faudra veiller à garder une bonne hygrométrie dans le nid. Les canicules peuvent d’ailleurs leur être fatales à cause de l’évaporation trop importante qu’elles engendrent.

The ant network (YouTube channel)
Antwiki
Antmaps.org
Antweb
Researchgate all the article about “Mystrium”
Myrmecologue (YouTube channel)
Les fourmis de Madagascar (livre de C.Peeters, M.Yoshimura, B. Fisher)
L’expérience de nos éleveurs
Discussion avec des membres de IEES (CNRS) 5e arr Paris 
https://pixabay.com/images/id-3810953/
Photo de Patrick Landmann
Gerbeaux
Instagram de One_Ants
Blog de One_Ants

Fiche rédigée par : One_Ants

1) Classification et Signification :

 

SOUS FAMILLE : Amblyoponinae

FAMILLE : Formicidae

TRIBU : Amblyoponini

GENRE : Mystrium

ESPÈCE : Mystrium oberthueri

 

TAXONOMISTE ET ANNÉE DE DESCRIPTION : Auguste Forel en 1897

NOMS VERNACULAIRES : Snap-Jaws ants ou Fourmis Dracula ou Fourmis vampires

SYNONYMES ET ANCIENS NOMS UTILISÉS : aucun connu.

 

ÉTYMOLOGIE GENRE : “Mystrium” vient du latin “Mysterium” qui signifie “mystérieux” car cette espèce ne sort pas beaucoup de son nid.

ÉTYMOLOGIE ESPÈCE : Nom en hommage à Charles Oberthür, entomologiste français né en 1815 à Rennes et mort en 1924.

2) Morphologie et Identification : 

 

Taille ouvrière :  9 à 12 mm 

Taille gyne ergatoïde :   7 à 9 mm

Taille mâle :  5 à 7 mm  
  

 

MORPHISME : Cette espèce est Polymorphe, la différence de taille n’est finalement pas très importante entre les ouvrières. Cependant on observe une grande différence dans la largeur des têtes. Les ouvrières avec les têtes les plus larges ne sont pas appelées majors à proprement parler bien qu’elles puissent paraître 2 fois plus imposantes que les plus petites ouvrières. Selon les observations sur les rares colonies en captivité, ce sont ces ouvrières imposantes qui participent le plus activement aux chasses, et ce sont les individus les plus sujets au « snapping cassant ». 

FAISANT PARTIE D’UN GROUPE D’ESPÈCE CRYPTIQUE : Non, bien qu’il soit souvent compliqué de différencier Mystrium oberthueri de certaines Mystrium comme M. shadow et M. rogeri à partir d’un mâle ou d’une ouvrière.

DESCRIPTION :  Mystrium oberthueri possède des mandibules démesurées pouvant compter pour 1 tiers de la taille de la fourmi. Ces mandibules en forme de spatule lui permettent de s’accrocher aux iules qu’elles chassent tout en les piquant.

Elles possèdent un gastre élancé et pointu, un thorax imposant et une tête dépassant d’au moins 1 tiers droit et 1 tiers gauche, la largeur du thorax.

Cette espèce possède une exocuticule très solide contenant beaucoup de sclérotine pour ne pas être écrasée par les énormes iules qu’elle consomme et se protéger des prédateurs.
Les ouvrières possèdent un aiguillon et du venin (qui n’est pas dangereux pour l’homme). Ce venin leur permet d’immobiliser leurs proies (et non pas de les tuer)
Mystrium oberthueri ne possède pas de jabot social, il n’existe donc pas de trophallaxie chez le genre.

Les individus avec les plus grandes mandibules (en 2 parties) sont les ouvrières. Les individus avec les plus petites mandibules (forme triangulaire) sont les gynes ergatoïdes.

Les yeux de Mystrium sont composés de très peu de cellules omatidiennes. Il est donc très difficile pour elles de distinguer des formes ou des couleurs ; leur seule capacité est de détecter des nuances de lumière.

PARTICULARITÉS PHYSIQUES : Les Mystrium oberthueri possèdent de très grandes mandibules, elles sont capables de les croiser et de les relâcher très rapidement pour emmagasiner de l’énergie et frapper ou assommer leurs ennemis. Ce mouvement est le plus rapide du monde animal, avec une vitesse maximale de 322 km/heure, le second étant le claquement des Odontomachus. On appelle ce claquement « snapping », parfois le snapping peut causer la fracture irréversible des mandibules, on appelle ce type de claquement « snapping cassant ».

 

3) Biologie :

DESCRIPTION DU BIOTOPE :Dans la nature Mystrium oberthueri vit dans des forêts tropicales saturées d’humidité. Les nids sont souvent très profonds, les premières salles étant observées vers 50 cm de profondeurs. On peut également les retrouver dans des troncs d’arbres pourris ou sous de gros rochers.

NIDIFICATION : Les colonies sont monodomiques. Les entrées du nid sont quasi indétectables. Ils sont assez rudimentaires, et les déménagements sont fréquents.

                                  

>extraction d’un nid de Mystrium silvestrii dans un but de recherche par l’équipe scientifique de Brian Lee Fisher à Madagascar.

PARTICULARITÉS COMPORTEMENTALES : Mystrium oberthueri est comme toutes les espèces de sa sous famille quasi endogée, elles ne sortent que quelques minutes la nuit pour chasser. En journée il est presque impossible d’observer une ouvrière à la surface.

Les ouvrières possèdent un aiguillon et du venin (qui n’est pas dangereux pour l’homme). Ce venin leurs permet d’immobiliser leurs proies (et non pas de les tuer) pour que les larves mangent de la “viande fraîche”. Les larves sont d’ailleurs capables de se déplacer et de manger seules.

 Il est possible d’observer une petite physogastrie de couleur rouges sur les ouvrières (à la manière de la physogastrie de Pachycondyla crassinoda et impressa). Il s’agit en fait de l’hémolymphe de leurs larves.

 Les ouvrières ne sont pas capable de digérer leur nourriture contrairement aux larves, les imagos sont donc obligés d’amputer leurs larves pour boire l’hémolymphe de celles-ci. C’est pour cela que les fourmis du genre Mystrium sont aussi appelées “Fourmi Dracula” ou “Fourmi Vampire”. Cette blessure n’a pas de conséquence à l’âge adulte car les larves cicatrisent très vite. On note que les larves donnant des sexués ne sont pas scarifiées.
Cette espèce ne possède pas de jabot social, on n’observe donc pas de trophallaxie.

Les Mystrium sont de très mauvaises grimpeuses, on ne les observe jamais à plus de 10 cm de hauteur par rapport à la surface du sol. Lorsqu’elles sont dérangées, elles restent immobiles. Dans un cas général, les espèces du genre Mystrium font partie des rares fourmis à mourir les pattes écartées et non pas en boule. 

Système de reproduction : Le système reproductif de Mystrium oberthueri est assez particulier. 

En effet, certaines colonies possèdent des gynes et d’autre des gynes ergatoïdes voire des gynes ergatoïdes « supérieures » appelées gamergates. 

Cette espèce possède des gynes, cependant il est presque impossible de les observer. On estime que 4/5% des colonies possèdent ou ont déjà possédées une reine. La durée de vie des gynes est très courte (2 ou 3 ans), à leurs morts, elles sont remplacées par des gynes ergatoïdes polygyne et pré-fécondée. Ces gynes ergatoïdes ont un indice de fécondité généralement très bas car leurs spermatèques ne possèdent généralement que très peu de spermatozoïdes.

 Pour augmenter ce taux de fécondité, elles peuvent se faire féconder par des males qu’elles appellent avec un organe glandulaire appelé « gemme », situé au niveau du thorax. Après cette fécondation, elles deviennent des gamergates. On estime de 2/3% des gynes ergatoïdes (ou nourrices) sont des gamergates. 

Les colonies se forment par bouturage. Il n’est pas rare qu’un groupe de 2 ou 3 gamergates/gynes ergatoïdes, de quelques ouvrières et de couvain s’éloigne pour former une nouvelle colonie. 

Cette espèce est l’une des seules au monde à posséder des gynes ergatoïde/gamergate plus petites que les ouvrières. Il n’y a qu’une gyne par colonie et un nombre indéfini de gamergate/gyne ergatoïde cependant un système complexe de phéromone pousseraient les colonies à se diviser quand elles posséderaient trop de reproductrice.

Une reine gyne comme une gyne ergatoïde peut pondre d’autres gyne ergatoïde ou des sexués mâles et femelles et des ouvrières. Cependant la fécondité des générations de gyne ergatoïde baisse gravement avec le temps jusqu’à donner des individus stériles. 

Contrairement aux Ponerinae, les ouvrières ne sont pas capables de pondre des œufs haploïdes donnant des mâles. Les gynes ergatoïdes jouent également le rôle de nourrices car les ouvrières ne s’occupent pas du couvain. On estime que les gynes ergatoïdes représentent 5 à 50 % des individus d’une colonie. 

Le couvain commence par le stade d’œuf, puis de larve et enfin de cocon. Le développement du couvain dure environ 6 à 10 semaines. Fait intéressant, Mystrium est l’une des rares ponéromorphes à tisser des cocons jaunes avec une point marron foncé au sommet. 

ALIMENTATION :Dans la nature, 90% de leur alimentation est composée d’iules, scolopendres et autres myriapodes qu’elles paralysent pour nourrir les larves et ensuite boire l’hémolymphe de ces dernières. Certaines espèces de termites, de larves diverses, de forficules ou de vers sont également consommées plus occasionnellement. 

ESSAIMAGE : Les essaimages sont très rares, plutôt discrets. Les gynes étant ergatoïdes, seuls les mâles volent. Aucune période de reproduction n’a encore été fixée mais on pense qu’ils ont lieu toute l’année avec un pic au début de la saison des pluies. 

GYNIE : Comme expliqué en détail précédemment, cette espèce est contradictoirement monogyne à forte tendance polygyne.

FONDATIONDépendante par bouturage (une colonie mère se divise pour former plusieurs colonies filles) ou semi-claustrale (la/les reproducteur(s) sorte(nt) régulièrement de la loge pour se nourrir et nourrir le couvain).

CYCLE DE DÉVELOPPEMENT(exogène, endogène…): Exogène homodynamique.

A NOTER : On observe parfois une pellicule blanche ou grisâtre sur la cuticule des Mystrium. Il s’agirait en fait d’une molécule d’origine bactériologique qu’utiliseraient les Mystrium pour protéger et nettoyer leur tégument.  

 

4) Répartition :

Mystrium oberthueri est une fourmi très discrète présente à Madagascar et aux Comores. À Madagascar on l’observe principalement sur la pointe nord et dans les forêts équatoriales de la côte Est. Pour l’archipel des Comores, elle ne serait présente que sur l’île de Fombini (peu de recherches ont été réalisées dans cet archipel, la répartition de l’espèce risque donc d’énormément changer dans les prochaines années). 

 

5) Élevage :

TEMPÉRATURE DE MAINTIEN :  21 à 27°C

INSTALLATION : En élevage, 3 possibilités s’offrent à vous. 

La première est la plus dangereuse, le nid en BC avec une couche de substrat dans les galeries. C’est une bonne installation mais les acariens peuvent vite proliférer et l’hygrométrie risque de mal se répartir.

La seconde, le pétri-dish qui est la meilleure des 3 options. Tout d’abord il faut préparer un substrat (1 tiers argile, 1/3 tourbe de coco et 1/3 litière de forêt). On prend une boîte de pétri que l’on perce sur la tranche. On la remplit ensuite de moitié de substrat (le substrat est obligatoire car il permet aux larves de tisser leur cocon). On prend ensuite une boîte avec couvercle qui servira d’ADC. Dans cette boîte on ajoute 1,5cm de substrat bien tassé puis le décor (bois pourri, mousse, sphaigne…) et de la microfaune comme des collemboles, cloportes…  On dépose ensuite la boîte de pétri qui servira de nid. Il est conseillé de couvrir avec de l’aluminium la boîte de pétri pour protéger la colonie de la lumière.

Mystrium oberthueri peut également vivre en terrarium creusable cependant vous risquez de rapidement les perdre de vue du fait de leur activité très limitée. Les Mystrium ne grimpent pas aux surfaces lisses, mais un couvercle est tout de même fortement conseillé pour garder une forte hygrométrie.

HYGROMÉTRIE :Entre 85 % et +100 %.

DIAPAUSE : Pas de diapause.

ALIMENTATION EN ÉLEVAGE : On nourrira les Mystrium oberthueri avec divers types de vers (farine, morio, canadien), des forficules sauvages, des asticots ou encore des iules. Il est parfois nécessaire d’adapter les colonies à consommer ce type de proie en nourrissant soit même les larves ou en alternant iule et vers. Inutile de donner des liquides sucrés, elles ne peuvent pas les consommer. 

FOREUSE ? : Non, Mystrium oberthueri n’est pas foreuse.

FONDATION :La fondation est semi-claustrale, on nourrira une ou deux fois par semaine les individus reproducteurs préalablement placés dans un set-up adéquat sans les observer pour ne pas les stresser.

DIFFICULTÉ D’ÉLEVAGE :Cette espèce est plutôt difficile à garder sur le long terme en raison de son système de reproduction complexe et de l’espérance de vie courte de ses reproducteurs qui rend obligatoire la possession de plusieurs colonies si l’éleveur prétend à les maintenir plus de 2 ou 3 ans. L’autre difficulté réside en la présence obligatoire des larves en grande quantité pour assurer la sécurité alimentaire de la colonie.

 

D’après des expériences en laboratoire, il semblerait que les Mystrium acceptent à court terme de consommer l’hémolymphe de larves de Myopone sp., mais pas d’Amblyopone sp., de Fulakora sp. ou de Stigmatomma sp.. Enfin, il faudra veiller à garder une bonne hygrométrie dans le nid. Les canicules peuvent d’ailleurs leur être fatales à cause de l’évaporation trop importante qu’elles engendrent.

Sources: 

The ant network (YouTube channel)
Antwiki
Antmaps.org
Antweb
Researchgate all the article about “Mystrium”
Myrmecologue (YouTube channel)
Les fourmis de Madagascar (livre de C.Peeters, M.Yoshimura, B. Fisher)
L’expérience de nos éleveurs
Discussion avec des membres de IEES (CNRS) 5e arr Paris 
https://pixabay.com/images/id-3810953/
Photo de Patrick Landmann
Gerbeaux
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Blog de One_Ants

Fiche rédigée par : One_Ants

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