Peut-on donner à manger à sa gyne lors d’une fondation claustrale ?

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Cet article est un débat détaillé. Pour approfondir le sujet, nous vous conseillons de regarder cette vidéo réalisée en partenariat

Il existe 3 grands types de fondations dans le monde myrmécéen : les fondations claustrales, semi-claustrales et dépendantes. Chaque espèce de fourmi, a au cours de l’évolution, choisit d’opter pour l’une de ces fondations, ou du moins une variante de ces dernières. C’est par exemple le cas pour les fourmis des genres Pachycondyla et Neoponera qui ont évolué vers une fondation semi-claustrale où les gynes creusent une loge dans la terre puis sortent chasser pour nourrir les larves jusqu’à l’apparition des premières ouvrières. On peut également citer Formica sanguinea ou encore Diacamma rugosum, deux espèces ayant choisi un mode de fondation dépendante, cela leur permettant de ne pas démarrer une colonie sans accompagnement. Dans cet article, nous allons nous intéresser à la troisième forme de fondation et également la plus répandue chez les fourmis : la fondation claustrale. Durant cette dernière, la gyne fraîchement fécondée creuse une loge dont elle ne sortira plus jamais et nourrit ses larves en puisant sur ses réserves jusqu’à l’arrivée des premières ouvrières. Cette fondation, pouvant paraître assez simple aux abords, est pourtant au centre d’un très grand débat depuis quelques années : peut-on donner à manger à sa gyne lors d’une fondation claustrale ? Pour répondre à cette problématique, nous commencerons par comprendre les mécanismes qui régissent ce mode de fondation, puis nous étudierons les arguments des deux camps afin de peser les pour et contre au nourrissage des gynes.

Chez les espèces de fourmis à fondation claustrale, la gyne fraîchement fécondée creusent une loge dans la terre puis nourrit ses larves en totale autonomie, grâce aux réserves de nourriture qu’elle aura emmagasiné lors de son développement au sein de sa colonie natale. Une fois ses ailes retirées, elle réalise également l’histolyse une action de récupération des graisses et nutriments contenus dans les muscles des ailes par dissolution enzymatique de ces derniers, qui ne seront à présent plus utiles. 
Les gynes claustrales sont donc théoriquement pleines de nourriture afin de leur permettre de survivre de long mois durant, avec leur couvain, sans avoir besoin de s’exposer aux prédateurs. Cependant, cette action en apparence très rusée se paye au prix d’un lourd tribut. En effet, aux yeux des prédateurs, les sexuées femelles ne sont que des friandises ambulantes : proies faciles, sans défense et bonne à manger. 
Pour compenser cette prédation et garantir une descendance, les colonies de fourmis sont donc obligées de produire un grand nombre de sexués, mais là aussi un problème évident est à noter. Plus la quantité de sexués produits augmente, plus la qualité des sexués diminue car toutes les gynes ne sont pas nourries de façon égale et le pourcentage d’individsu déficients ou handicapés augmente. Ainsi, dans les premiers jours après l’essaimage une quantité importante de sexués peut mourir avant même d’avoir pondue. Par chance, certaines gynes réussissent à échapper à la funeste sélection naturelle, mais les survivantes ne sont pas toujours les meilleures sur le plan physiologique. Ainsi, certaines gynes ne réussiront pas à fonder par manque de ressources alimentaires ou par faiblesse. Au final, l’on estime que pour certaines espèces claustrales, 1 femelle sur 600 réussit à donner naissance à une colonie. Chez certaines espèces semi-claustrales, où l’individu est développé de manière à être efficace sur les plans défensif et offensif, cette statistique descendrait à 1 sur 20, mais ces chiffres sont très difficilement vérifiables. 

Il est donc certain qu’une partie des gynes ayant survécu à la “sélection naturelle rapide” soit déficientes sur la quantité de réserve alimentaire à leur disposition. Ainsi, si l’on applique ce raisonnement à l’élevage, l’éleveur ramassant des gynes durant un essaimage, ramassera un panel de profils de gynes assez diversifié.
La prédation en élevage étant absente, les gynes trop faibles ou handicapées mourront rapidement tandis que toutes les gynes en capacité de donner naissance à une descendance survivront puis pondront.
Mais comme dit précédemment la répartition des réserves alimentaires chez les gynes est parfois inégale, ainsi certaines gynes auront des réserves alimentaires très imposantes leur permettant de fonder aisément. Tandis que d’autres gynes auront des réserves très maigres pouvant les empêcher de fonder. Ce raisonnement laisse penser que les gynes entamant leurs fondations avec des réserves alimentaires amoindries auront des difficultés à donner naissance à une descendance populeuse. Dans la nature ces gynes aux réserves trop faibles n’aurait pas d’autres choix que de réduire ou de sous-alimenter leur couvain et si l’on poursuit la théorie des personnes considérant qu’il ne faut surtout pas nourrir les gynes seules, on peut tendre à croire qu’une grande partie des gynes claustrales ayant survécues à la prédation, se laissent mourir de famine dans leur loge plutôt que de tenter désespérément de trouver une source de nourriture au péril de leur vie déjà bien embûchée. Une solution efficace pour pallier à ce problème d’inégalité alimentaire serait donc de nourrir ses gynes avant et pendant la fondation afin de leur faciliter la tâche.

Mais depuis plusieurs années, une croyance assez répandue explique qu’il ne faut surtout pas nourrir les gynes claustrales en fondation, car cela les encouragerait à ne pas pondre, à manger leur couvain et les stresserait. Or, il semblerait que ce genre de cas n’ait jamais été mis en exergue ou alors pour des situations facilement contestables.
A contrario, les éleveurs nourrissant une fois par semaine leurs gynes en fondation, semblent avoir des résultats assez époustouflants et des réussites notables et facilement comptabilisables.
En premier lieu, la quantité de couvain semble augmenter de manière drastique avec des résultats jusqu’à 4 fois supérieurs à ceux des gynes non nourries. Bien évidemment, cela influence directement le nombre d’ouvrières de première génération. D’autres bénéfices plus difficilement comptabilisables apparaitraient : les ouvrières de première génération chez les fondations dont la gyne aurait été nourrie, seraient plus grandes et vivraient plus longtemps. La mortalité chez les gynes diminuerait également.

Les données ici présentes ont été recueillit sur des échantillons assez restreints en raison du nombre faible de témoignages. Ainsi, ils n’ont pas pour vocation de montrer un quelconque résultat chiffré mais, uniquement de mettre en exergue un bénéfice relatif et certain.

On peut donc conclure que la balance bénéfice/risque semble pencher dans le camp des éleveurs nourrissants leurs gynes claustrales. Dans l’absence de témoignages convaincants, la thèse sur la dangerosité du nourrissage des gynes seules pourrait donc être reléguée au rang de croyance. Ainsi, Antariums vous conseillera de nourrir vos gynes claustrales durant la fondation tout en veillant à ce que cela ne soit pas trop régulier afin de ne pas stresser vos fondations.

2 thoughts on “Peut-on donner à manger à sa gyne lors d’une fondation claustrale ?

  1. Je vais faire pareil cette année car l’année dernière j’ai eu pour ma première fondation un début très compliqué et d’ailleurs ma gyne a fini par mourir.
    Je pense que c’est dû à cela car c’est vrai qu’elle avait un gastre minuscule …

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