Guide : Taxonomie, Identification et Classification des fourmis.

Guide d'élevage

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Bienvenue dans le guide de la taxonomie ou plus généralement, de l’identification et de la classification. Vous vous aventurez ici dans l’une des disciplines les plus redoutées de la myrmécologie : la taxonomie, logiquement suivie par l’identification. Il y aurait mille choses à dire sur la manière de classer et identifier nos chères fourmis ; les bases sont ici résumées.

Classification

Les fourmis sont les membres de la famille des Formicidae, elle-même classée dans la superfamille des Vespoidea et l’ordre des Hymenoptera (regroupant guêpes, abeilles, tenthrèdes… Et bien sûr, fourmis). 

La famille des Formicidae est très vaste et surtout extrêmement diversifiée, c’est pourquoi elle est divisée en différentes sous-familles, au nombre de 17 à l’échelle mondiale. Les plus courantes en France sont les Formicinae, les Myrmicinae, les Dolichoderinae et les Ponerinae. Ces sous-familles peuvent être séparées à l’aide de critères morphologiques :

  • Les Formicinae ont souvent une écaille du pétiole grande et haute, et un acidopore (petit trou circulaire, souvent entouré d’une touffe de poils) au bout du gastre.
  • Les Dolichoderinae ont un pétiole petit et couché, et une fente au bout du gastre.
  • Les Ponerinae présentent un étranglement sur le gastre.
  • Les Myrmicinae ont un pétiole double (pétiole et post-pétiole).

Ces critères ne sont pas simples à observer sur le terrain, et difficiles à comprendre pour un débutant. Pas de panique ! Avec l’expérience, on finit par reconnaître facilement ces sous-familles à leur silhouette.

Anatomie d’une fourmi.

[Illustration à ajouter : photos d’espèces typiques de chaque sous-famille]

Dans ces sous-familles, on trouve une classification plus précise, celle des genres. Voici ceux que l’on peut rencontrer en France métropolitaine :

Tous ces genres se déclinent en espèces plus ou moins nombreuses (ainsi, on trouve dans le genre Messor : Messor barbarus, Messor capitatus, Messor minor, Messor structor, et bien d’autres…)

Cette masse de genres peut être déconcertante à première vue. Pour débuter, concentrez-vous d’abord sur la reconnaissance des plus communs ; le reste viendra avec le temps !

Taxonomie

Comment écrire le nom d’une fourmi ?

Comme n’importe quel animal, ce nom se rédige sous la forme :

On note que :

  • Le genre et l’espèce s’écrivent en italique.
  • Le genre prend toujours une majuscule, l’espèce n’en prend jamais.

Et, pour aller plus loin :

  • Le descripteur et la date de description sont mis entre parenthèses si le genre a changé depuis la description de l’espèce (exemple : Camponotus truncatus Spinola, 1808 est devenue Colobopsis truncata (Spinola, 1808)). 
  • Lorsqu’il existe, le sous-genre s’écrit entre parenthèses après le genre (exemple : Lasius (Dendrolasius) fuliginosus). 
  • Lorsqu’elle existe, la sous-espèce s’écrit à la suite de l’espèce (exemple : Messor minor hesperius).

Rassurez-vous ! Il n’est pas nécessaire de retenir le descripteur de chaque fourmi, et le nom est dans la grande majorité des cas uniquement rédigé sous la forme « Genre espèce ». De la même façon, personne ne vous reprochera d’oublier de mettre le nom en italique, il s’agit de codes pour une pure rigueur scientifique.

Quelques abréviations :

  • sp. (species) = espèce n’ayant pas pu être identifiée, ou espèce non décrite.

Exemple : Lasius sp. = Lasius dont l’espèce précise n’a pas pu être identifiée.

  • ssp. (subspecies) = sous-espèce.

Exemple : Messor minor ssp. = Messor minor dont la sous-espèce précise n’a pas pu être identifiée.

  • spp. (species plurimae) = plusieurs espèces (d’un même genre).

Exemple : Lasius spp. = ensemble d’espèces de Lasius.

  • cf. (confer) = espèce ressemblant à une autre, mais dont on ne peut pas certifier l’identité.

Exemple : Lasius cf. niger = Lasius ressemblant à Lasius niger, mais dont on ne peut pas dire s’il s’agit bien d’elle ou d’une espèce proche.

  • sp. aff. (species affinis) = espèce ressemblant à une autre, mais s’en différenciant.

Exemple : Lasius sp. aff. niger = Lasius ressemblant à Lasius niger, mais présentant néanmoins des différences avec cette dernière, sans que l’on puisse l’identifier précisément.

  • sp. n. (species nova) = nouvelle espèce.

Exemple : Lasius sp. n. = Lasius observées par un connaisseur mais n’ayant pas encore été nommée.

  • cplx. (complex) = espèce appartenant à un complexe spécifique donné.

Exemple : Camponotus cf. cplx. maculatus = Camponotus ressemblant aux espèces du complexe spécifique maculatus sans que l’on ne connaisse son réel nom d’espèce.

Changements de nom et règles taxonomiques :

La taxonomie est mouvante, et il arrive que le nom des espèces change ; le plus souvent, il s’agit d’une migration d’un genre à l’autre. Par exemple :

  • En 2016, le genre Colobopsis a été séparé de Camponotus. Camponotus truncatus est alors devenu Colobopsis truncata.
  • En 2015, le genre Anergates a été considéré comme synonyme de Tetramorium. Anergates atratulus est alors devenu Tetramorium atratulum.
  • En 2014, le genre Pachycondyla a été éclaté en une multitude genres, ainsi sont apparut les genres Plectroctena, Pseudoneoponera, Neoponera, Ectomomyrmex, Paltothyreus ou encore Pseudoponera.

Homonymie : Parfois, deux taxons (à l’échelle du genre, de l’espèce, de la sous-espèce, ou autre) portent le même nom ; cela peut notamment arriver après la mise en synonymie de deux genres. Un exemple, toujours en 2015, avec le genre Teleutomyrmex mis en synonymie avec Tetramorium ; Tetramorium schneideri existait déjà, Teleutomyrmex schneideri également. Il y a alors eu 2 Tetramorium schneideri ! Pour résoudre ce problème, l’espèce décrite le plus récemment (homonyme junior) voit son nom modifié ; l’ancienne Teleutomyrmex schneideri est ainsi devenue Tetramorium inquilinum.

Synonymie : Il arrive qu’à la suite d’erreurs diverses, deux noms synonymes soient employés pour le même taxon. Dans ce cas, le taxon décrit le plus tôt (synonyme senior) a la priorité sur le plus jeune nom (synonyme junior). 

Exemple : Messor structor a été décrite en 1798. Messor rufitarsis a été décrite en 1804. Finalement, les deux espèces ont été considérées comme synonymes : Messor structor a été décrite plus tôt, c’est donc son nom qui a été conservé.
Ces règles ne s’appliquent pas qu’aux espèces, mais à tous les rangs taxonomiques ; genres, sous-familles, familles…


Parfois, l’orthographe d’un nom est sujette à débat. C’est le cas de Camponotus ligniperda, aussi appelée Camponotus ligniperdus, ou encore d’Aphaenogaster dulcineae dont on voit de nombreuses écritures différentes. Lorsque vous avez un doute, vous pouvez vérifier l’orthographe correcte sur antcat.org, qui sert de référentiel taxonomique.

Identification

Morphologie :

Plus tard, nous verrons les bases de l’identification ; mais, pour l’instant, il vous faut connaître quelques termes relatifs à la morphologie des fourmis. Toutes les parties du corps, même les plus minimes, ont un nom ; voici les plus basiques. 

Comment identifier la fourmi que vous venez de trouver ?

Lorsqu’on débute, la tâche peut être difficile, et il est parfois ardu de savoir où commencer. D’abord, vous pouvez commencer par chercher la sous-famille à laquelle appartient votre fourmi ; cela vous permettra de faire un premier tri, et d’ainsi réduire les possibilités.
[Clé des sous-familles]

Pour vous aider, voici un aperçu des genres français les plus communs :

– Les Lasius (Formicinae) sont les fourmis les plus souvent rencontrées, surtout dans le Nord. Ces fourmis de petite taille peuvent être noires, jaunes ou encore bicolores. Les gynes ont un gastre particulièrement volumineux (espèces à fondation indépendante), ou au contraire une grosse tête et un petit gastre (espèces parasites).

– Les Tapinoma (Dolichoderinae) ressemblent aux Lasius à première vue ; cependant, elles sont plus sveltes, plus vives, généralement plus petites, et souvent d’un noir plus franc que le commun des Lasius. Lorsqu’elles sont dérangées, elles émettent une odeur de « beurre rance ».

– Les Messor (Myrmicinae) sont souvent rencontrées dans le Sud. Ces granivores font de grandes colonies, et forment de longues pistes de fourragement jusqu’aux sources de nourriture ; on peut observer des majors à grosses têtes dans ces colonnes.

– Les Myrmica (Myrmicinae) sont surtout communes dans les lieux un peu humides. Ce sont les « fourmi rouges » bien connues du grand public, pour leur couleur écarlate et leur piqûre. Les gynes, semi-claustrales, ont besoin de chasser durant la fondation ; elles sont donc particulièrement fines, et on ne les distingue pas toujours des ouvrières au premier coup d’œil. 

– Les Pheidole (Myrmicinae) s’observent dans le Sud de la France. De petite taille, elles n’en restent pas moins agressives et très dominantes sur leur biotope ; elles forment souvent des colonies de très grande taille, comportant des majors à grosses têtes. Il n’y a pas d’intermédiaire de taille entre minor et major.

– Les Tetramorium (Myrmicinae) sont aussi des Myrmicinae agressives et dominantes sur leur biotope, mais au contraire des Pheidole elles se montrent parfaitement monomorphes. Que ce soient les gynes ou les ouvrières, les individus de ce genre se reconnaissent à leurs « épaules carrées ». 

– Les Formica (Formicinae) sont plus grandes que les Lasius, plus sveltes, et plus agressives. On les remarque facilement à leur démarche singulière, rapide et entrecoupée de brefs arrêts. Les « fourmis rousses des bois », formant d’immenses colonies logées dans de grands dômes d’aiguilles, appartiennent à ce genre.

– Les Camponotus (Formicinae) sont souvent de grande taille, mais pas toujours. Le polymorphisme est continu entre des minors étroits et des majors à large tête cordiforme. On reconnaît principalement les Camponotus par leurs antennes insérées haut sur la tête (presque au milieu, alors qu’elles sont à proximité des mandibules chez la plupart des autres genres).

– Les Temnothorax (Myrmicinae) sont de petites fourmis paisibles, constituant souvent des colonies à faible démographie dans des morceaux de bois.

– Les ouvrières de Solenopsis (Myrmicinae) sont très petites, jaunes et souterraines. On ne les voit presque que durant les essaimages à l’automne, souvent massifs. – Les Crematogaster (Myrmicinae) se trouvent dans le Sud de la France. Elles se reconnaissent à leur gastre pointu, en forme de cœur. L’espèce la plus commune du genre, Crematogaster scutellaris, est remarquable par sa tête rouge et ses grandes colonies souvent arboricoles.

Gardez en mémoire que certaines espèces nécessitent au moins une loupe binoculaire pour être identifiées, la distinction résidant sur des critères morphologiques invisibles à l’œil nu (comme la pilosité, la rugosité…). Dans ces cas-là, il faut rester au genre.

Exemple : pour distinguer Lasius niger des autres Lasius de couleur noire, il faut observer sa pilosité. C’est impossible à l’oeil nu ! Si l’on ne dispose pas du matériel nécessaire, il faut donc en rester à « Lasius sp. » (= Lasius dont l’espèce n’a pas pu être identifiée).

Si, après maintes recherches, vous ne parvenez toujours pas à trouver le nom de votre fourmi, ou que vous souhaitez obtenir confirmation : vous pouvez poster votre demande sur le serveur Discord Le Consulat, associé à Antariums, dont les nombreux membres passionnés et expérimentés vous aideront à obtenir le diagnostic.

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