Brian Lee Fisher : de la lumière sur les fourmis de l’ombre.

Bibliographie

Brian Lee Fisher est un biologiste, conservateur et taxonomiste illinoisais (Etats-unis) né le 29 octobre 1964 à Normal près de Bloomington.
Il est est connu pour avoir décrit et classifié près de 1250 espèces de fourmis ce qui en fait l’un des taxonomistes majeurs du XXIème.

Brian Fisher a consacré sa vie à étudier le monde des fourmis, devenant mondialement célèbre pour ses travaux, il s’est rapidement fait connaître comme expert reconnu en myrmécologie.

Initiateur de grands projets comme Antcourse (2001), IPSIO (2016) ou encore Antweb (2002)… Brian Fisher a eu un impact majeur sur la myrmécologie du début du XXIème œuvrant pour une meilleure diffusion des connaissances et pour une meilleure compréhension des espèces de fourmis du continent africain et de l’île de Madagascar. Il est d’ailleurs le fondateur du Madagascar Biodiversity Center, un musée/laboratoire créé en 2004 et dédié à l’étude de la faune et de la flore malgache.

Fils d’un professeur d’université et d’une enseignante au collège, Brian Fisher savait qu’il voulait travailler en plein air, faire un métier de terrain qui lui permettrait de bouger et d’être en contact avec la biodiversité. Deux jours après l’obtention de son diplôme d’étude secondaire (équivalent baccalauréat en France), il partit deux ans voyager à travers l’Europe à vélo, là bas, il apprit le français et la menuiserie.

Une fois de retour, il s’inscrit à l’Université de l’Iowa, pour une spécialisation en biologie. Déclarant alors qu’il rêvait de partir en Amérique latine pour observer la flore et apprendre l’espagnol. Fisher souhaitait en fait, comme il l’a déclaré, “vivre le rêve du collectionneur de plantes tropicales”.

Il partit alors 1 ans avec la Smithsonian Institution au Panama, pour étudier la flore locale. Cependant, de retour de son voyage, il déclara «Vous allez sous les tropiques et là, une grande diversité d’insectes pleut littéralement sur vous. À ce moment-là, j’ai décidé de passer du statut de grand explorateur botanique à celui de chercheur de fourmis.»

Fisher débuta alors un doctorat sur la systématique des fourmis à l’UC Davis. Il devint ensuite le conservateur et le président du département d’ entomologie de l’Académie des Sciences de Californie. Puis, quelques mois plus tard, il prit le post de directeur exécutif de la Bibikely Biodiversity Institute.


Si son laboratoire attitré se situe en Californie, Brian Fisher réalise la majeure partie de ses expéditions taxonomiques sur l’île de Madagascar. En effet, l’Afrique est de loin le continent où les espèces d’insectes y sont le moins bien répertoriées. Madagascar, la quatrième plus grande île du monde est en plus un site d’exception puisqu’elle propose un gamme de biotope varié, un taux d’endémicité des plus élevé et une géologie historique assez particulière. Ce réservoir biologique contiendrait environ 6% des espèces animales de la planète et sa situation économique dans la mondialisation ainsi que sa politique douanière lui ont permis de rester relativement protégée au niveau biologique.

Brian Fisher poursuit actuellement deux objectifs spécifiques. Depuis trois ans, il construit un «arbre de vie» pour les fourmis. Ce projet vise à cartographier l’histoire généalogique et évolutive des fourmis qui ont évolué à partir des guêpes. Dans le passé, ce travail se serait déplacé à un rythme d’escargot. Maintenant, en utilisant des données moléculaires et génétiques des fourmis, le processus par lequel les scientifiques peuvent comprendre «le tronc, les branches et les brindilles de l’arbre génétique» s’est considérablement accéléré.

A l’heure d’aujourd’hui, Fisher aurait identifié près de 9% des 13 000 espèces de fourmis identifiées. Ce chiffre gargantuesque d’espèces découvertes est le fruit de plusieurs décennies de travail avec les chercheurs de toute la planète comme Christian Peeters, Masashi Yoshimura, Mattieu Mollet…

On retrouve d’ailleurs un genre de fourmis à son honneur : les Fisheropone ; un genre de Ponerinae contenant une seule espèce, Fisheropone ambigua, découverte par Chris Schmidt & Steve Shattuck en 2014 au Cameroun.

En tant que possesseur de la plus grande collection de spécimens de fourmis du monde, Brian Fisher considère que son travail est loin d’être terminé, selon lui, il existerait plus de 30 000 espèces de fourmis, mais malheureusement, nous ne les découvrirons pas toutes.

En tant que scientifique, la vision de Fisher cherche à profiter à la société future, pas seulement aux amoureux des fourmis. Il revient souvent à son vrai rêve d’éliminer l’analphabétisme biologique, l’obscurantisme de nos sociétés modernes. «À mesure que les gens se déplacent vers les villes du monde entier, nous devenons de moins en moins connectés à l’environnement», explique-t-il. «Pour vraiment le comprendre et suivre les changements, nous devrions avoir un indice Dow Jones pour l’environnement, un spectre de tous les éléments et processus des écosystèmes.»

Selon lui, les données scientifiques les plus récentes sur les plantes, les fourmis, les animaux, l’eau, l’air, la vie marine et les changements de température seraient représentées dans l’indice. «Cet outil nous permettrait de donner une voix aux insectes, en particulier aux fourmis. C’est crucial car ils nous donnent le plus de données sur l’environnement que n’importe quel groupe. Leur cycle de vie est plus court, ils changent très rapidement », dit-il. «Tout le monde est tombé sur des fourmis. Maintenant, nous devons les écouter ».

Trouver de nouvelles espèces est devenu un peu plus facile pour Fisher et d’autres entomologistes. Il attribue cette facilité à l’invention de Google Earth. «Avant Google Earth», explique-t-il, «vous aviez besoin de noms d’espèces pour retrouver leur localisation. Désormais, il vous suffit de localiser un endroit dans le monde pour réaliser une exploration depuis chez vous. »

Pour montrer son appréciation pour ce nouvel outil technologique, lorsque Fisher a découvert une autre nouvelle espèce de fourmi à Madagascar, il l’a baptisée «Google Ant» ou Proceratium google. La fourmi de Google chasse des proies très spécifiques, des œufs d’araignées. Google Earth vous permet de se concentrer à partir d’un satellite dans l’espace jusqu’à, par exemple, votre propre jardin, pour voir quels fourmis, insectes et autres organismes vivants y vivent. 

Fisher a également identifié et nommé la «fourmi Dracula» (Amblyoponinae) lors de son travail à Madagascar. Cette espèce de fourmi possèdent des imagos qui sucent l’hemolymphe des larves de leur progéniture pour se nourrir. Les fourmis adultes ne pouvant pas manger d’aliments solides. Cette exemple était pour lui un cas unique d’évolution valant la peine d’être observé.

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